• Me Julien Autin, Avocat

La réforme de l'assurance chômage et l'abandon de poste : une disposition dangereuse.




J’entends dire que d'aucuns voudraient que les allocations chômage ne soient plus versées aux salariés qui auraient fait un « abandon de poste » ?


C’est vouloir affaiblir un peu plus encore la position des salariés et, là, la preuve que ceux qui sont à l'origine de cette proposition ne connaissent pas leur sujet ou feignent de ne pas le connaître… Et, une fois de plus, c’est la position des salariés dans une entreprise qui se fragilise.


Car, en effet, vouloir que les salariés ayant prétendument abandonné leur poste ne bénéficient plus de l’assurance chômage, c’est faire mine d’ignorer que certains n’ont guère d’autres possibilités. Qu’être licencié pour abandon de poste est souvent la dernière – si ce n’est la seule - option qu’il leur reste.


Pourquoi ?


C’est simple...


Prenez l’exemple d’un salarié « harcelé » au sein de son entreprise.

Imaginez ensuite que, de ce fait, sa santé se dégrade.

On aura alors tendance à lui conseiller de ne pas se laisser faire et d’attaquer son employeur pour « harcèlement ».

Certes, sur le papier, c’est bien.

Mais, dans la vraie vie - et surtout devant la Justice - il faut des preuves.

Or, les harceleurs agissent rarement au grand jour. Quoi que détestables, ils n'en sont pas pour autant nécessairement ahuris.

Si bien que l’action pour harcèlement s’avère souvent impossible.

Face à ce constat, notre salarié cherchera alors une seconde option.

Très vite, il comprendra que, à part quitter l’entreprise, il n’a en définitive que très peu d’autres choix.

Seulement voilà, de quelle façon quitter l’entreprise ? En démissionnant ? On sait déjà qu’il ne touchera pas d’allocations chômage.

On peut d’ailleurs se demander pourquoi un salarié qui démissionne n’a pas le droit (sauf exception) aux allocations chômage. N’a-t-il pas cotisé comme les autres ?

Bref.


Sauf à pouvoir vivre sans ressources, la démission lui est interdite.


Mais, Eureka ! Une brillante idée vient à notre salarié : La rupture conventionnelle !

Ouf ! Voilà une belle issue de secours !

Notre salarié la propose donc à son employeur et là : Boum ! C’est niet !

Il est, en effet, on ne peut plus fréquent que certains employeurs refusent de signer une rupture conventionnelle et ce pour la bonne et unique raison qu’ils ne veulent pas dépenser la moindre somme.

Ces employeurs rétorquent donc à notre salarié : « Tu n’as qu’à démissionner ». (Qui ne joue pas le jeu ici ?)

Et la boucle est bouclée. Le serpent se mord la queue et notre salarié harcelé se retrouve coincé !

Que lui reste-il donc que d’abandonner son poste pour être licencié et percevoir des ressources de l’assurance chômage afin de pouvoir continuer à vivre tant bien que mal ?

Or, voilà que d'aucuns arrivent et veulent lui refuser aussi les allocations chômage en cas de licenciement pour abandon de poste…


Si cette disposition du projet de loi passe, notre salarié se retrouvera donc définitivement piégé.


On vous dira alors peut-être: "il n’a qu’à se mettre en arrêt de travail".

Je rétorquerai : "La belle affaire !"

Ps : Cet exemple marche également pour les salariés victimes de surmenage et bien d’autres cas encore !